Crédit photo : Chris Stubel

En entrevue à l’Express, le ministre de l’Intérieur de France, Claude Guéant, a abordé divers sujets d’actualité en France. Ce dernier a d’ailleurs tenu certains propos intéressants par rapport à l’immigration et la maîtrise de la langue française par les nouveaux arrivants :

 

«Je dis simplement que, pour que l’intégration soit une réussite, il faut avoir la capacité d’accueillir, c’est-à-dire de former, de donner du travail, de faire partager nos valeurs. J’insiste sur un autre point: la maîtrise de la langue française. Je veux que les connaissances exigées se situent au niveau de celles d’un élève en fin de scolarité obligatoire. Je viens de signer une circulaire destinée aux préfets pour les guider dans l’instruction des demandes de naturalisation: les conditions de l’assimilation -c’est le mot utilisé par le Code civil- doivent être étroitement vérifiées. Un étranger qui souhaite s’installer durablement en France doit épouser notre communauté de destin et donc en accepter les principes les plus élémentaires, comme l’égalité hommes-femmes et la laïcité. » - Cliquez ici pour lire l’article complet.

 

Légitime?

Étant Québécois, je dois vous avouer ne pas suivre assidûment la politique française. Cependant, je dois vous avouer qu’au lendemain du débat sur l’Identité nationale (qui n’est pas sans rappeler le débat sur les accommodements raisonnables au Québec), il n’est guère surprenant d’entendre de pareils propos. Je crois d’ailleurs que chaque société d’accueil a le droit légitime de fixer les conditions relatives à l’admission des nouveaux arrivants. Ce droit (peut-être même un devoir) appartient à toutes les nations de la terre.

 

…mais?

Une naturalisation conditionnelle à la maîtrise de la langue française à un niveau équivalent à celui d’un enfant au terme de sa scolarité obligatoire (c’est-à-dire 16 ans?) : ce Guéant fixe la barre très haute! Si je me base sur ce qui se passe au Québec et sur ce que j’ai pu voir dans mes cours, des milliers d’immigrants arrivent chaque année (au Québec comme en France), et Dieu sait qu’apprendre une langue est un processus complexe qui peut être miné par plusieurs facteurs. Effectivement, l’acquisition d’une langue seconde peut dépendre de la proximité de la langue maternelle avec la langue en usage dans le pays d’accueil, de la personnalité de l’immigrant, de sa gêne, de son âge ou de sa scolarisation antérieure.

 

Que feraient les autorités françaises? Laisser quelques années aux nouveaux arrivants pour maîtriser le français comme un enfant qui y est parvenu en contexte naturel en seize ans? Sinon, elles procéderaient ensuite à l’extradition? Ça ne vous paraît pas un peu fantastique? Et je dis cela en tout respect pour la mesure mise en place… L’intention est bonne : de toute façon, si un nouvel arrivant ne maîtrise pas la langue, comment pourra-t-il s’intégrer et participer à l’enrichissement collectif?

 

La société française est sans doute encore frigide à toute question à propos de son identité… Mais qu’on me le dise si je me trompe : l’arrivée massive d’immigrants n’est-elle pas un «danger» (s’il en est un) pour les valeurs traditionnelles (égalité hommes-femmes, laïcité, droits et libertés, etc.) du pays plutôt qu’un péril linguistique?

 

Et au Québec?

Je ne verrais pas comment une telle mesure pourrait être appliquée en territoire québécois. Certes, la province dispose de certains privilèges de sélection en matière d’immigration (contrairement à toutes les autres provinces ou territoires du Canada), mais on ne pourrait légalement expulser quelqu’un du Québec parce qu’il ne parle pas français. Le cas échéant, ceci contreviendrait à la charte canadienne des droits et libertés. De surcroît, n’oublions pas le caractère bilingue du Canada rendrait l’application d’une telle politique presque impossible.

 

De plus, je crois qu’avec le réseau de classes d’accueil et de francisation, l’obligation qu’ont tous les enfants d’immigrants de fréquenter l’école francophone, la loi 101, et les innombrables autres mesures mises en place, le Québec ne s’en tire «pas si mal» (cette dernière affirmation peut être sujet de discorde au sein de la société québécoise).

 

Je crois donc que la mesure proposée par le ministre Guéant peut paraître légitime et logique, mais en fin de compte, n’est-elle pas réellement fantaisiste?

Sinon, je crois que les enseignants spécialisés en français langue seconde seront en demande…

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